L'avenir du Rhododendron






A l'heure où la plupart des Sociétés de rhododendrons s'inquiètent de la baisse de leurs effectifs, est-il justifié de penser que l'avenir de cette plante suivra la même évolution ? En un mot leur avenir est-il lié ?

Je ne le pense pas.
Je n'ai pas l'intention de me pencher sur le devenir des Associations et je leur laisse la responsabilité de trouver des solutions. Non, ce qui m'intéresse c'est LE rhododendron : vers quelle évolution va-t-on assister ces prochaines années ?
C'est à la fois simple et compliqué.
Sans faire de philosophie on peut dire que l'homme est un éternel insatisfait et qu'il possède dans ses gènes le besoin d'améliorer tout et toujours. A peine mis sur le marché par un quidam qu'un autre quidam s'empare de la nouveauté et l'améliore. La 4G ne couvre pas encore tout le pays qu'on travaille déjà sur la 5G pour la rendre opérationnelle le plus rapidement possible tout en réfléchissant à quoi pourrait ressembler la 6G.
Quant à la 7G c'est tout de suite après.
L'homme est ainsi et cela s'appelle le progrès. On peut le déplorer mais il est vain de lutter contre cela.
Il faut choisir : être dans le train (de plus c'est un TGV maintenant) ou rester sur le quai.

Qu'en est-il pour le rhododendron ? Depuis à peu près deux siècles, semis après semis chacun s'emploie à améliorer cette plante selon des critères personnels. Les efforts des uns sont concentrés sur les inflorescences quand ceux d'autres travaillent sur la plante toute entière.

Première évidence : la marge de "manoeuvre" pour améliorer les espèces est réduite comme peau de chagrin.
La Nature le fait depuis des dizaines de milliers d'années et, si j'admets qu'il est possible de faire mieux, je suis intimement convaincu que cette amélioration ne peut être que marginale et ce pour un travail colossal.
Si je prends pour exemple le R. macabeanum KW 7724, je veux bien admettre qu'il est possible de sélectionner une forme qui soit encore plus "belle" mais ce ne sera qu'un petit plus. Posez-vous la question : combien de plantes faudra-t-il élever et, surtout, pendant combien d'années pour sélectionner cette forme supérieure ?
Non, l'avenir du rhododendron n'est pas dans les espèces car l'amélioration y est sinon impossible du moins presque ridicule et difficilement quantifiable. A ce point de réflexion je veux attirer votre attention sur le fait que je parle de l'avenir du rhododendron. Les collections d'espèces entreprises par des parcs publics ou privés n'entrent pas dans un schéma d'amélioration, elles s'apparentent plus à de la sauvegarde et, à ce titre, sont à considérer "comme des musées".
Imaginons, un instant, que les collectionneurs d'espèces réussissent par miracle à réunir dans leurs parcs respectifs toutes les espèces répertoriées. C'est le terminus, avec une facheuse conséquence : quand vous aurez visité un de ces parcs, inutile d'aller voir les autres : ce sera peu ou prou la même chose.
 part l'âge et l'état sanitaire, vous ne verrez aucune différence entre les espèces d'un parc en Ecosse et celles d'un autre parc aux États-Unis ou même avec celles de leurs pays d'origine.
Une girafe reste une girafe, qu'elle soit au zoo de Vincennes, de Los Angeles ou dans la savane en Afrique.
Ce n'est pas du tout le cas pour les hybrides puisque l'homme essaie sans cesse de les améliorer avec plus ou moins de succès, j'en conviens.
C'est néanmoins l'assurance de voir des plantes très différentes en visitant un parc en Angleterre, aux États-Unis ou en Nouvelle-Zélande, par exemple.

Deuxième évidence : environ trente mille hybrides ont été enregistrés en disons 150 ans. Ce chiffre est énorme et reflète un intérêt pour l'amélioration des rhododendrons.
Les premiers hybrideurs avaient le champ libre : tout était sujet d'émerveillement et à chaque hybridation c'était le jackpot. Ce n'est plus le cas de nos jours où le "marché de la création" est saturé. Quand il existe des milliers de fleurs avec une corolle spottée il est difficile, voire impossible, d'émouvoir les gens avec quelques points en plus ou en moins sur la vôtre. Je suis intimement convaincu que des merveilles sortiront encore de ce marché saturé mais ce sera au compte-goutte : beaucoup d'appelés, mais peu d'élus.
Est-ce à dire que l'avenir du rhododendron est dans le rétroviseur ?

Non, et je veux que vous en soyez persuadé.
Un champ d'exploration tout nouveau a été créé il y a quelques années : la polyploïdie.
Un laboratoire portugais, l'Université de Coimbra au Portugal, sous l'impulsion de l'Américain John Perkins, se charge gratuitement de faire les analyses scientifiques depuis 2011. Ces analyses ont permis de savoir quels rhododendrons étaient polyploïdes et quel était leur niveau de polyploïdie.
Ces rhododendrons polyploïdes sont en nombre infinitésimal par rapport aux rhododendrons diploïdes.

Qu'apporte la polyploïdie ?
Sans entrer dans les détails et pour faire simple (ne cherchez pas une base scientifique) elle multiplie par 1,5 ou 2 toutes les caractéristiques d'un diploïde.
Le rhododendron Nancy Evans est diploïde, le rhododendron Horizon Monarch est tétraploïde, voyez-vous la différence ? Non ? Vous ne connaissez pas ces rhododendrons ?
Alors disons qu'il y a la même différence entre un diploïde et un polyploïde qu'entre moi et Schwarzenegger et ce de façon naturelle.
En effet, ce ne sont pas des organismes génétiquement modifiés : tout est naturel.
Il faut savoir que les rhododendrons sont diploïdes (2 jeux de chromosomes) mais que Mère Nature fait certaines fois des erreurs, ce qui est somme toute excusable sur des dizaines de milliards de fécondations. Ainsi apparaissent quelquefois des triploïdes (3 jeux de chromosomes), plus souvent des tétraploïdes (4 jeux de chromosomes) ou, exceptionnellement, des pentaploïdes (5 jeux de chromosomes).
L'Université de Coimbra a donné un formidable outil aux hybrideurs : ils peuvent maintenant créer des polyploïdes en parfaite connaissance de cause simplement en utilisant ceux créés par les erreurs de la Nature.
Concrètement cela signifie qu'il est possible d'appliquer le coefficient multiplicateur de 1,5 à 2 à TOUS les hybrides. Vaste programme s'il en est ! Pour le moment il n'y a pas de recul pour savoir ce que peuvent donner plusieurs générations de polyploïdes croisés entre eux. Des rhododendrons atteints de gigantisme ? Plus résistants aux maladies ? Est-ce que le parfum ne sera pas renforcé chez les polyploïdes ? Une chose est certaine : prenez un rhododendron diploïde qui vous plait, hybridez-le avec un polyploïde choisi avec soin et vous obtenez un polyploïde qui ressemble au diploïde mais en version "bodybuildée". Démonstration en a été faite par Ned Brockenbourgh qui a croisé Nancy Evans avec Point Defiance et obtenu Horizon Monarch.

Ned Brockenbrough chez lui devant Horizon Monarch


Une autoroute est devant les hybrideurs qui se lancent dans la polyploïdie. C'est le deuxième étage de la fusée "hybridation" qui vient de s'allumer. Les autres pays n'ont, pour le moment, pas pris en compte l'importance de ce nouveau "terrain de jeu". Ned Brockenbrough est le seul, à ma connaissance, à continuer dans cette voie.



 
Christian de la Sablière => Voir site, Paul Chapelle => Voir site et moi-même avons des centaines de semis de polyploïdes qui commencent à fleurir ou vont fleurir dans 1, 2 ou 3 ans.

Nous avons pris une avance de quelques années sur les hybrideurs étrangers et nous faisons tout pour conserver cet avantage.





Venez nous rejoindre dans cette aventure.
Hybridez ou semez mais PAR-TI-CI-PEZ !